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Emi Evans, la voix de NieR

nierost

Dixième Art : Bonjour Emi. Tout d’abord, pouvez-vous commencer par nous rappeler votre parcours professionnel ?

Emi Evans : J’ai réalisé mon premier travail à l’age de 15 ans dans un studio d’enregistrement à Londres ou je jouais du violoncelle pour une chorale, mais je n’ai commencé à chanter professionnellement qu’à 21 ans alors que je vivais à Tokyo.

Je pense qu’il faudrait que je vous parle de quelques autres détails, car ils sont liés à ma carrière aujourd’hui. Il est difficile de faire court, mais globalement, j’ai commencé à jouer du violoncelle à l’âge de 8 ans, et jusqu’à l’âge de 18 ans j’étais sûre de continuer dans cette voie et de faire ma carrière dans un orchestre. Entre mes sessions de violoncelle j’avais pour hobby de composer des chansons que j’accompagnais au piano, et sur un coup de chance, j’ai rencontré un producteur japonais. C’était la première fois que j’ai pensé que, peut-être, je pourrais devenir chanteuse. A 18 ans, lassée des mes gammes de violoncelle et curieuse de mon patrimoine japonais (ma mère est japonaise, mais ne m’a jamais réellement enseigné la langue), j’ai choisi de ne pas continuer le conservatoire de violoncelle contrairement à ce que tout le monde pensait, et d’étudier le japonais et le français à l’Université Leeds dans le but de devenir traductrice, en gardant la musique comme hobby.

A 20 ans, en deuxième année d’université, je suis venue pour un an à Tokyo dans le cadre d’un échange d’étudiants, et durant mon séjour, j’ai rencontré à nouveau le producteur qui m’avait repérée, et il m’a présentée au compositeur Hiroyuki Muneta (alias Hiro), qui avait déjà arrangé quelques unes de mes chansons avant même de m’avoir rencontrée ! Quand j’ai entendu la façon quasi magique qu’avait eu Hiro d’insuffler de la vie dans mes chansons, j’ai senti que j’avais trouvé le partenaire idéal et que je devais donner une autre chance à ma carrière musicale.

A 21 ans j’ai quitté l’université  en Angleterre dans le but de me consacrer à la musique, et je vis depuis à Tokyo, ou je compose avec Hiro pour notre duo freesscape, et où je m’occupe de ma carrière musicale.

freesscape a fait deux albums, et nos chansons ont été utilisées pour des films, diverses publicités, et de temps en temps des évènements organisées par des marques. A côté de cela, depuis 9 ans, j’ai lentement mais surement travaillé ma voix, lors de mariages, pour des salons d’hôtel, des sociétés, des marques, y compris la télévision voire le jeu vidéo.

Tout s’est fait graduellement. J’ai enregistré avec environ 20 agences de musique, ce qui me permet de vivre confortablement, et de temps en temps je rencontre quelqu’un à une soirée ou un bar, qui directement ou indirectement m’amènera à trouver un super travail ou donnera un boost à ma carrière ! Ces rencontres dues au hasard et le bouche à oreille ici à Tokyo m’ont beaucoup aidée, et c’est ce qui m’a finalement amenée à NieR, le projet le plus excitant et le le plus stimulant de ma carrière jusqu’à présent !

DA : Comment avez-vous rejoint ce projet ?

EE : Mon tout premier contact avec le monde du jeu vidéo remonte a 2007. Un ami m’a présenté au fabuleux compositeur Norihiko Hibino et il m’a demandé d’écrire des textes et de chanter pour Sekaiju no Meikyu Super Arrange Version 1 and 2 (Etrian Odyssey).C’est la première fois que mon nom s’est retrouvé en ligne dans les crédits et, comme j’étais trop timide pour donner mon vrai nom, j’ai pris mon deuxième prénom comme pseudo, « Rebbeca Evans ». Ce n’est que lorsque j’ai eu des retours sur ma voix, et que j’ai vu que Rebbeca Evans était une chanteuse d’opéra galloise assez connue que j’ai décidé d’utiliser  mon vrai nom pour le prochain projet !

Entre les enregistrement pour Sekaiju (Etrian Odyssey) 1 and 2, j’ai été amenée à jouer du violoncelle pour un enregistrement pour Time Hollow (je manquais tellement d’entrainement que j’ai joué assez faux, et me faisais beaucoup réprimander, c’était horrible !)

Puis, je suis allée à la soirée de départ d’un ami en 2008, où j’ai commencé à discutter avec le DJ qui avait l’air très sympathique. Je lui ai donné une copie de mon CD et nous avons échangé nos coordonnées.

Il se trouve qu’un de ses amis, Mio, était assistant chez Monaca, et quand on lui a demandé s’il connaissait une chanteuse ayant l’anglais pour langue maternelle, il a de suite pensé à moi. A l’origine, j’ai été contactée par Mio car son chef, le compositeur M. Okabe, avait besoin d’une chanteuse pour son dernier projet « Dance Dance Revolution », mais lorsque M. Okabe a entendu mon CD, il m’a dit que ma voix ne convenait pas pour ce projet-ci, mais qu’il penserait à moi lorsque quelque chose de plus adéquat se présenterait.Et c’est ainsi que, quelque temps après, on m’a demandé de chanter pour NieR.

DA : L’OST de NieR a été composée par Keiichi Okabe. Comment avez-vous coordonné votre travail avec lui  ?

EE : Nous avons travaillé ensemble d’une manière très simple et très efficace. M. Okabe m’envoyait une version de démonstration assez sommaire des morceaux, deux ou trois à la fois, et me demandait d’écrire des paroles aux sonorités françaises pour celle-ci, ou gaéliques pour celle-là… J’écrivais les paroles chez moi, puis je me rendais à son studio (à environ 40 minutes de train) pour enregistrer autant que possible.

M. Okabe était toujours là lors des enregistrements, et me donnait autant d’indications que possible. Par exemple, il me disait à quel type de scène chaque morceau serait rattaché, et quel type d’émotions il voulait que je transmette. Parfois, lorsque même M. Okabe n’était pas vraiment sûr de ce qui allait se passer lorsque le morceau serait joué, ou de la manière dont il voulait que je chante, il me laissait donner ma propre interprétation et disait « Oui, c’est ça ! », ou « Oh, presque ça, mais peut-être que cette partie devrait être plus intense… ».

Nous avons beaucoup expérimenté, et parfois, lorsqu’un arrangement avait été changé, M. Okabe disait qu’il fallait rajouter un couplet ici où là, alors il fallait écrire de nouvelles paroles dans la précipitation et les enregistrer dans la foulée. Nous avons travaillé comme ça pendant six mois !

DA : L’histoire de NieR se déroule dans un futur alternatif sur notre planète, et les paroles de l’OST ont été composées dans des langues crées de toutes pièces. Comment a été prise cette décision ?

EE : Vu que NieR se déroule dans ce futur alternatif, cela aurait été trop proche de notre réalité si les paroles avaient été composées dans des langues actuelles. Au départ, on m’a juste demandé d’écrire des paroles dans des langues imaginaires (c’est à ce moment que j’ai composé les paroles de « Song of the Ancients« , qui est juste un assemblage de toute les langues que j’ai pu entendre), mais il a ensuite été décidé que vu que le jeu se déroulait dans un futur alternatif, il serait plus logique que les paroles soient des versions futuristes des langues d’aujourd’hui.

DA : Vous vous êtes inspirée des sonorités de nombreuses langues pour composer les paroles de l’OST. Avez-vous procédé d’un point de vue linguistique ou purement musical ? Pouvez-vous nous décrire votre travail ?

EE : Je pense avoir travaillé principalement d’un point de vue linguistique. Comme je l’ai précisé, j’avais des instructions pour chaque morceau concernant le langage à développer. Par exemple, on m’a demandé de ma rapprocher du gaélique pour « Kaine ». J’ai cherché et écouté sur Internet de nombreuses leçons et de nombreuses chansons en gaélique.  Je les ai écoutées encore et encore, et j’ai même noté certains passages afin de m’imprégner au maximum du rythme et du phrasé. Il s’agissait ensuite de faire concorder le tout avec la mélodie. J’ai essayé de rester très proche de chaque langue, mais aussi de choisir les voyelles et consonances qui me paraissaient les plus adaptées à la mélodie. Vu que je recevais deux ou trois morceaux à la fois et que les délais étaient très réduits, j’avais parfois l’impression de me perdre un peu dans ce patchwork de langues inventées !

DA : Pensez-vous que l’emploi de sonorités pures peut-il établir une niveau de communication d’émotions autre que le simple langage ?

EE : Oui, au vu de mon expérience, je le pense vraiment. Lorsque l’on utilise le langage courant, nous avons à disposition la dualité du son et du sens, la tonalité de la voix pour exprimer nos sentiments (parfois même les mots que nous choisissons peuvent être être un obstacle à l’expression de ce que l’on ressent !), mais lorsque le sens est complètement mis de côté, il faut alors que la voix se charge de transmettre beaucoup plus d’émotions, en utilisant au mieux les sons et les tonalités.

Ce moyen d’expression cesse d’être pensé pour devenir beaucoup plus pur, plus direct. De cette manière, et tout particulièrement en ce qui concerne le chant, il est possible de transmettre des émotions à quiconque, et ce quelle que soit leur propre langue.

Avec une « vraie » langue, la communication qui s’établit est au niveau de l’intellect, il faut penser, réfléchir. Lorsque l’on utilise des tons et des sonorités, il n’y a plus besoin de « réfléchir », il est possible de communiquer sur un niveau émotionnel plus profond, nous avons la liberté de juste ressentir.

DA : Vous précisez sur votre site Internet que vous auriez aimé pouvoir travailler avec des langues à demi mortes. Est-ce d’un point de vue esthétique, ou du point de vue de la mémoire et du patrimoine ?

EE : Un peu des deux en réalité ! J’ai toujours aimé les langues, en particulier les plus obscures ou exotiques, et j’ai toujours pensé que chanter dans de telles langues serait un défi passionnant. Au début du projet, on m’a dit que le but recherché était de chanter dans une langue qui ne serait pas identifiable par la plupart des gens. J’ai alors pensé que plutôt que passer beaucoup de temps à inventer mes propres langues, il serait bien plus passionnant de chanter en utilisant ces langues presque disparues… j’ai pensé que je pourrais ainsi à la fois ajouter un élément unique et authentique au jeu, mais aussi faire connaitre ces langues au plus grand nombre et quelque part les faire revivre un peu. Toutefois, étant donnés les délais qui m’étaient impartis et le peu de ressources dont je disposais, j’ai réalisé que j’étais peut-être un peu trop ambitieuse !

Si j’ai un jour la chance de travailler à nouveau sur un tel projet, ce sera une de mes priorités !

DA : Aviez vous connaissance du scénario et des passages clef au moment ou vous avez commencé votre travail ?

EE : Au départ, on m’a dit que NieR avait une histoire très sombre, et l’on m’a montré une scène très triste avec Devola et Popola (des personnages du jeu), mais mis à part cela, on ne m’a rien dit du script, et j’ai même du apprendre des bribes d’informations sur l’histoire de NieR sur internet ! Depuis que le jeu est sorti, j’ai beaucoup suivi les informations en ligne, mais je n’ai vraiment pas  connaissance des retournements du scénario. J’espère convaincre un des mes amis qui soit un joueur chevronné de jouer à NieR pour moi, pour enfin connaître les détails de l’histoire  !

DA : Envisagez-vous votre travail pour l’OST d’un jeu dans une autre optique que celle d’un album ? Le travail est-il le même ?

EE : D’un point de vue purement technique, le travail est le même pour moi. Pour l’un comme pour l’autre, je chante avec autant de sensibilité que possible, et j’essaie de rendre l’émotion et l’atmosphère idéale avec ma voix. Mais c’est dans ma tête que les choses changent. La différence est que pour un album, il n’y a que la musique : le produit final est uniquement le son enregistré, et ce que la personne qui écoute ressent est uniquement basé sur ce qu’elle entend. J’ai la responsabilité de créer ce ressenti à travers mon chant.

Pour ce qui est d’une bande son, le public va entendre les morceaux alors qu’il joue, et va ainsi associer chaque morceau aux émotions ressenties à tel ou tel moment.

Pendant le jeu, même si la plus grande emphase concerne les graphismes, la musique peut faire toute la différence et transformer l’expérience du joueur en jouant sur un autre niveau d’émotions et de couleurs. De même, les visuels enrichissent les morceaux et leurs donnent un impact plus profond. Ces deux facettes se complètent l’une l’autre en s’apportant chacune une nouvelle dimension.

Lorsque je travaille sur un bande son, je pense que même si je ne sais pas quels seront les visuels qui accompagneront le morceau, il enrichira considérablement l’expérience du joueur. Et lorsque le joueur réécoutera la bande originale, il associera les morceaux à telle ou telle scène du jeu, et ainsi son écoute même sera enrichie.

Bien entendu, j’aime aussi travailler sur des albums, mais grâce à mon expérience avec NieR, je crois que cette relation entre musique et visuels est un élément gratifiant et mystérieux. Même lorsque le morceau est terminé, il n’est pas possible de savoir quel sera le ressenti final !

DA : Une question plus personnelle à présent, jouez vous au jeux vidéos vous même ?

EE : Je n’ai pas d’affinités avec les ordinateurs en général, et je ne suis pas très à l’aise avec les jeux vidéos. Je m’y suis essayée quelques fois avec des amis, mais je mourais toujours en quelques minutes, alors je préfère me mettre à côté et regarder les gens jouer. Je suis très impressionnée par la technologie et le rendu graphique des jeux aujourd’hui, et au delà des scène d’action, je trouve fascinant de regarder ces personnages se mouvoir sur tous ces environnements… ça a l’air si réel !

J’aimerais tellement pouvoir jouer à NieR ! J’ai entendu dire que le jeu est particulièrement intéressant, entre les relations entre les personnages et les rebondissements… Je suis sûre que cela serait à la fois intéressant et étrange de jouer et d’entendre en arrière-plan ma propre voix, j’aimerais bien voir ce que l’on ressent !

DA : Pour finir, pouvez vous nous parler de vos projets futurs ? Que peut-on vous souhaiter pour l’avenir ?

EE : Pour ce qui est de NieR, il semblerait que la bande son ait un grand succès, meilleur encore que ce que nous espérions, et j’espère donc que cela aura des retombées positives. Je serai aussi amenée à interpréter certaines chansons à une soirée organisée par toute l’équipe de NieR, mais j’aimerais pouvoir aussi chanter pour les fans, ce serait fantastique ! De même, j’aimerais faire un livret comprenant les paroles de mes langues mystérieuses… je suis la seule au monde qui sait quelles sont réellement les paroles, et vu qu’elles ont su piquer la curiosité de nombreuses personnes, j’aimerais beaucoup pouvoir les partager !

Pour l’instant, je n’ai pas de nouveau projet à grande échelle. Je dois terminer l’enregistrement du troisième album de freesscape, qui était mis en pause pour NieR. J’espère qu’il sortira d’ici la fin de l’année, alors ouvrez l’œil s’il vous plait!

Grâce à NieR, ma voix a été entendue partout dans le monde pour la première fois, et je suis très contente de l’attention qui m’est portée. J’aimerais vraiment pouvoir collaborer avec des producteurs et des compositeurs non seulement du Japon, mais du monde entier, et pouvoir travailler à nouveau sur un projet comme NieR, ou pourquoi pas une bande originale de film…

Mon plus grand rêve serait que la musique de freesscape ait elle aussi l’opportunité d’être entendue de par le monde. C’était un sentiment extraordinaire que de réaliser que ma voix soit écoutée dans le monde entier grâce à NieR, mais alors imaginer qu’il en soit de même pour me compositions… je ne peux rien imaginer de plus gratifiant ! C’est à présent mon nouvel objectif !

DA : Merci beaucoup pour votre temps et vos réponses !

EE : Il n’y a pas de quoi ! C’était un plaisir !

Pour vous faire un idée de la qualité de l’OST, vous pouvez regarder le trailer suivant :

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English version :

Dixième Art : Hi Emi. First of all, can you remind us your career path?

Emi Evans : The first job I ever did in my life was at the age of 15 in a recording studio in London where I played my cello as a session musician on a boys choir album, but I didn`t actually start singing professionally until I was 21 and living in Tokyo.

I feel I need to tell you a bit about my background if I may, as it is all linked in with my career today.

There is no short way to explain this but basically, I started playing cello at 8 and until 18 I was sure that I would go on to play in an orchestra as my career. As my hobby in-between cello practice, I composed songs, singing on the piano and at 15, by lucky chance got scouted by a Japanese producer. This was the first time I ever thought that maybe I could become a singer. At 18, totally sick of always having to practice my cello and curious about my Japanese background (my Mum is Japanese but had never really taught me the language) I chose not to go on to study cello at music conservatory as everyone had expected, but instead to study Japanese and French at Leeds University with the purpose of becoming a translator and just keeping music as my favourite hobby.

At  20 in my second year of university, I came to Tokyo as a one year exchange student, but while I was here, I met up again with the same producer who had scouted me before and he introduced me to the arranger and composer Hiroyuki Muneta (Hiro)-who had already arranged a bunch of my songs before I had even met him! When I heard the magical way that Hiro breathed life into my songs, I felt that I had found the perfect music partner and HAD to give music another chance.

At 21 I quit university in England in order to chase the music life and since then have stayed in Tokyo making music with Hiro in our unit « freesscape » and gradually building up my singing career.

freesscape have released two albums independently and our songs have been used on a movie, various TV commercials and from time to time we perform at brand events. Aside from freesscape, for the last 9 years I slowly but surely built up my own singing work, mainly singing for weddings, hotel lounges, company and brand events, session singing and lyric writing for TV commercials and the occasional video game. Everything was very gradual- I eventually registered with about 20 different music agencies who between them, would give me enough work to make a comfortable living and every so often, at a party or in a bar, just by chance I would meet someone very special who would directly or indirectly introduce me to a fabulous job and help give my career a boost!  The power of random encounters and word of mouth has helped me out so much here in Tokyo and that was what brought me to NieR and the most exciting and challenging project in my career so far!

DA : How did you joined this project ?

EE : The very first time I touched the world of video games was in 2007. Through a friend of a friend I was introduced to the fabulous composer Norihiko Hibino and he asked me to write lyrics and sing for Sekaiju no Meikyu Super Arrange Version 1 and 2 (Etrian Odyssey). This was the first time for my name to go out online in the credits and because I was too shy to put my real name out, I took my middle name and called myself « Rebecca Evans ».  It wasn`t until I saw all the kind response my voice was getting and realized that « Rebecca Evans » was actually quite a famous Welsh opera singer that I decide to use my real name on the next project! In between recording Sekaiju 1 and 2, through one of my music agencies, I played cello on a session recording for Time Hollow (but I was so out of practice that I played out of tune a lot and kept getting told off-it was terrible!)

Then in summer 2008 I went to a friends leaving party and got chatting with the DJ there who seemed really cool, so I gave him a copy of my CD and we swapped contacts. It just so happened that his friend Mio was the assistant at Monaca and when she asked him if he knew any native English singers, he passed on my number to her. I was originally contacted my Mio because the boss and composer Mr Okabe needed a singer for his latest project « Dance Dance Revolution » but after Mr Okabe heard my CD, he told me that my voice wasn`t suitable for this particular project, but he`d keep me in mind in case something more appropriate came up. And that was how, a few months later I was asked to sing for NieR!

DA : NieR’s OST was composed by Keiichi Okabe. How did you coordinated your work with him ?

EE : It was really very simple and efficient the way that we worked together. Mr Okabe would send me very rough demo tracks of the songs, 2 or 3 at a time and ask me « please write French sounding lyrics for this song » or « this song should sound a bit like Gaelic » So I would write the lyrics in my room at home and then go to his studio (which was just a 40 minute train ride away) and record as much as I could.

Mr Okabe was always there at the recordings and would give me as much extra direction as he could. For example he would tell me what sort of scenery would be showing during each particular song and what sort of emotion he wanted me to convey. And at the times when even Mr Okabe wasn`t quite sure what was going on during the songs or how he wanted me to sing, he`d just let me sing my own interpretation and he`d say- »Yes! That`s it! » or « Ooh sort of, but maybe try singing more intensely it that bit.. »

There was a lot of guessing and bouncing ideas off each other involved and sometimes the arrangement would`ve changed and Mr Okabe would say- »Sorry, actually I need an extra verse and chorus here » so mid recording I would have to sit down, hurriedly write an new chunk of lyrics and record them right away.

We continued in this fashion for about 6 months!

DA : NieR’s story unfolds in an alternative future on our planet, and the OST lyrics were composed in alien languages. How was this point decided ?

EE : Because NieRs story takes place in such an alternative future, it would`ve been too close to home and normality had the lyrics been in any familiar language. At first I was just asked to write lyrics in an « alien » sounding language (and this was when I wrote the first lyrics for « Song of the Ancients » which is just a jumble of all the languages I have ever heard, all mixed up) but after that it was decided that because of the futuristic element of the game, it would make most sense if my lyrics were also futuristic versions of our languages today.

DA : You drew your inspiration from various actual languages to compose the lyrics. Did you worked from a linguistic or a musical point of view ? Can you describe your work ?

EE : I worked mostly linguistically and a little musically I guess. As I mentioned earlier, for each track, I was given instructions to write the lyrics in a particular pseudo language. For example with « Kaine » I was asked to write in new style Gaelic. I researched on the internet and listened to lots of Gaelic lesson videos and Gaelic songs. I listened over and over and even wrote down passages in the language, just to help me absorb its rhythms and flow as much as possible. Then it was just a matter of fitting similar sounds around the melodies. I tried to imitate each language   as closely as possible, while at the same time choosing vowel and consonant sounds which I felt would be easiest and most appropriate to sing on each particular melody. Because I was generally sent the tracks 2 or 3 at  a time with a very short deadline I would often feel so dazed and confused with a jumble of different made up languages going round my head!

DA : Do you think using pure tones can establish an other level of emotion communication than classic language ?

EE : Yes, in my experience I definitely think so. When we use real language, we have both the meaning of the words and the tone of our voices to help express our feelings (and sometimes the words we chose can get in the way of showing how we really feel!), but when the meaning of the words is stripped away completely, we must make up for that by pouring extra emotions into the way we use our voices and by using the soft or harsh sounds and tones to our advantage.

Our way of communication ceases to be intellectual and has to become much purer. This way, especially in singing, we can communicate our emotion to anyone, no matter what language they speak.

With real language, our communication is often on a mostly intellectual level-we have to think and use our brains. But by using only sounds and tones, we need not worry about « thinking » any more and can communicate on a deeper emotional level- we become free to just « feel ».

DA : You said on your website that you would have liked to revive dying or semi-forgotten languages. Is it an aesthetic or a patrimony concern ?

EE : This a bit of both actually! I have always loved languages, especially the more more obscure, exotic sounding ones and have always thought that singing in one of these languages would be a fascinating challenge. At the beginning of this project, I was told that the main point was for me to sing in a language which was not recognizable to most people and that sounded very « other-worldly ».

I`d originally thought that rather than take the time to invent lots of my own languages, it would be much more satisfying and fun for me to sing in some of these « real » semi died out languages-I could add a real authentic and exotic quality to the game and also by doing this, I could bring publicity to these language and maybe help a little to revive them! However, I quickly realized that given the super last minute time frame and lack of resources, I was being far too ambitious!

If I ever get the chance to work on a similar project again, reviving a dying out language will definitely be one of my top priorities!

DA : Were you told about the script and plot twists when you started working ?

EE : At the beginning, I was told that NieR was a very dark plot with no happy ending and was shown a really sad scene with Devola and Popola, but apart from this, I was told nothing about the script and I had to work out the basic plot just from what I could find about NieR on the internet! Since the game was released, I have been checking a lot of the online media and have more or less pieced together the general story but I am still really clueless about a lot of the characters and twists. I`m hoping to persuade one of my gamer friends to play the game for me, so I can finally see what NieR is all about!

DA : Do you consider working on an soundtrack differently that working on an album ? Is the work the same ?

EE : Technically, the work itself is the same for me. With both, I sing using as much sensitivity as I can and just try to create the required atmosphere and emotion with my voice and lay down a good solid track.

But what is going on in my mind as I sing is very different.

The difference is that with an album, everything is about the music-the final product is the recorded sound and how the listener feels will be based purely on what they hear. I feel very responsible for creating that experience through my singing.

Whereas with a soundtrack, most listeners will have first heard the music while playing the game and have already associated each song with whatever emotion they were going through at the time.

During the game, although most of the focus is on the visuals, the music makes a huge difference and enhances the player`s experience by creating another layer of emotion and colour. And likewise, the visuals enrich the music and give the songs a deeper impact. Both visuals and music compliment each other by giving each other an extra dimension.

When I`m working on a soundtrack, I feel that even though I may not know what visuals the song will be used for, this song will nevertheless play a very important role in enriching the players experience. And when the player then listens to the soundtrack, they will associate the music with various scenes and emotions from the game and because of this, their listening experience too will be enriched.

Of course I love working on albums too but through my acquaintance with NieR, I felt that because of this special relationship between the music and visuals, soundtracks hold an extra mysterious and rewarding element. Even when the recording is complete, you know that the final experience has yet to be decided!

DA : On a more personnal note, do you play videogames ?

EE : I am really wretched with computers in general and have no confidence with video games. I had a go sometimes when my friends were playing and got killed within the first few minutes, so these days I prefer to just take a back seat and quietly watch while people play. I really enjoy the amazingly technology behind the visuals of video games today and more than the excitement of the fight scenes, I find it fascinating just to watch the characters moving around in the different landscapes-it all feels so real!

Ooh but I wish so much that I could play NieR! I`ve heard that NieR game is particularly interesting, with all the twists and characters emotions in the plots and I`m sure it would feel very weird but super cool to be playing and hear my own voice in the background-I`d love to know what that`d feel like!

DA : To finish with, can you talk about you future projects ? What can we hope or wish for you ?

EE : Well regarding NieR, it seems that the soundtrack is getting an even better response than we`d expected so I`m hoping that there will be some happy repercussions.I shall be performing some of the songs for a private NieR party just for everyone involved in making the game, but I would really love the chance to perform to the fans as well-that would be fantastic! Also, I `d really like to make a lyrics book with all my mysterious languages. I am the only one in the world right now who knows what the lyrics really are and considering the interest everyone has shown in these lyrics, it just seems mean not to share them!

For the moment, I have no large scale game related projects ahead of me. My next project is actually just to finish the recording of freesscape`s 3rd album, which got put on hold during my work on NieR. I`m hoping that we can have our new album out by the end of this year so please keep an ear out for it!

Thanks to NieR my voice has been heard worldwide for the first time and I`m delighted at the positive attention I seem to be getting. I would love so much to be asked to collaborate with producers and composers not only from Japan but from around the world and to work again on another big creative project like NieR or a movie soundtrack maybe…

But my biggest dream of all is that freesscape`s music too will one day have the opportunity to be heard world wide. It was a wonderful feeling when I realized that my voice and lyrics were being listened to by so many people around the world  on  the NieR soundtrack, but to have my very own compositions being played-well I cannot think of anything more satisfying! This is definitely my next mission!

DA : Thanks a lot for your time and answers !

EE : You are very welcome, it was my pleasure!