Dixième Art : Bonjour Abdel Bounane. Pouvez-vous commencer par nous rappeler votre parcours ?
Abdel Bounane : Bonjour. J’ai un parcours à la croisée de la communication, des (nouveaux) médias. Il y a dix ans j’ai participé au site hardcore-gamers, un des premiers sites professionnels de jeux-vidéo revendu à une filiale de LVMH. Puis j’ai travaillé plusieurs années à la communication de PlayStation France ou j’ai monté des projets mixant jeu-vidéo et création comme ARTCADE PlayStation, entre autre. Parallèlement j’ai écrit pour la presse : chef de rubrique jeux-vidéo chez le masculin Max, pigiste chez Technikart et divers autres magazines tendance. En 2007 j’ai eu aussi une chronique nouveau médias sur France Culture, et l’année d’après j’ai fondé AMUSEMENT. À la fin de cette année nous allons ouvrir le premier concept-store dédié au numérique, au cœur de Paris.
DA : Pourriez-vous nous dire comment est né AMUSEMENT ?
AB : AMUSEMENT est né du constat qu’il y avait un énorme gap entre la créativité des cultures numériques et la façon dont elle était représentée dans les médias. À force de voir des dizaines de magazines de mode, de design, d’art qui témoignaient d’une vraie variété. La presse mode, ça va de Jeune et Jolie à Vogue ! Pourquoi la presse dédiée au numérique ne bénéficierait pas d’une telle diversité ?
DA : Comment définir votre ligne éditoriale ? Peut-on considérer AMUSEMENT comme un manifeste ?
AB : La ligne éditoriale d’AMUSEMENT est un mix d’imprévu. Dans le numéro 8 (Politique et digital) en kiosque dans quelques jours nous avons envoyé l’artiste Artus deLavilléon (non joueur, mais engagé) dans une conférence dédiée aux serious-games corporates. Son point de vue, frais, et dégagé des réflexes de gamers, nous intéressait. J’aime la variété des sujets, des angles, des concepts et même si le magazine contient pas mal d’articles de fond, nous essayons de les entourer de quelques pépites qui étonnent le lecteur ou lui font aborder la création numérique avec un regard qu’il n’aurait pas eu dans une presse plus classique.
Cette variété peut être considérée comme un manifeste dans le sens où nous considérons en effet que le numérique recouvre des formes de création éminemment transversales et que nous souhaitons évidemment le montrer à nos lecteurs.
DA : Vous avez participé à la création et au contenu de divers sites Internet traitant du jeu vidéo. Quelles sont les différences notoires que vous avez relevé entre le média sur Internet et le média physique ?
AB : Je pense que les supports physiques (et je n’exclue pas totalement, aussi bizarre que ça puisse paraitre, les tablettes) peuvent proposer une expérience de lecture et de « visualisation » des informations et des artworks beaucoup plus plaisante qu’Internet.
Internet est le support d’excellence pour la rapidité de l’info, vidéo, son, communautaire, la mobilité.
Le papier est un objet qu’il faut traiter comme tel : AMUSEMENT contient 5 types de papier, pèse 800 grammes, fait 200 pages. Un choix très attentif est porté aux typos, la mise en page, etc.
Et justement j’y viens : je n’exclue pas les tablettes des supports physiques car elles mettent au même niveau que le papier l’exigence en maquette, qui est pour moi un élément clé du magazine. En plus de cela, il y a dans le fait de manipuler une tablette quelque chose qui la rapproche fortement d’un magazine. Donc si ce genre d’appareil se développe, il est possible que le papier doivent encore monter en gamme pour se démarquer des supports numériques. Étant donné que nous serons présents sur les supports mobiles dans les mois à venir, c’est une option que nous envisageons pour AMUSEMENT.
DA : Si l’on en croit l’actualité, le support de presse traditionnel s’essouffle. Chez Dixième Art nous y sommes pourtant très attachés. Votre démarche cherche-t-elle à démontrer qu’il s’agit d’un simple besoin de restructuration de la presse « papier » ?
AB : Oui, globalement je pense que fasse à l’essoufflement de la presse, les acteurs du marché auraient du monter en gamme au lieu d’affaiblir leurs supports. Si Internet fragilise la force de votre support (son caractère physique), ne vous tirez pas une seconde balle dans le pied en amoindrissant sa qualité ! C’est pour proposer une alternative à Internet cela que nous avons décidé de proposer un magazine haut-de-gamme.
DA : Vous avez lancé grâce à la technologie RFID le premier magasine « connecté ». Vous pensez donc que le lien entre la presse physique et dématérialisée est un angle à travailler ?
AB : Nous avons lancé cette initiative expérimentale parce que je pense que l’angle à travailler tient plus généralement dans les liens entre les objets et l’information/les services dématérialisés. Et donc oui je pense que l’idée d’un magazine qui contient du contenu numérique exclusivement accessible à leurs possesseurs est une idée qui est séduisante, pour laquelle nous avons posé quelques bases et qui mérité d’être développée. Mais la question qui arrive tout de suite après, est celle-ci : est-ce que ce support physique a vraiment besoin d’être un magazine ? Est-ce que ça ne peut pas être un autre type d’objet ?
DA : AMUSEMENT est plus qu’un simple magasine. C’est un objet que que l’on prend plaisir à parcourir, très travaillé (Un même numéro comprend même différents types de papier). Quelle est votre opinion sur le lien entre le fond et la forme, le contenant et le contenu ?
AB : Je pense que le grammage, la texture et le nombre de page définissent en effet un premier rapport au contenu. Avant même de l’avoir ouvert, on ne s’attend pas à lire des news dans AMUSEMENT. C’est comme une boutique : sa façade définit une partie des contenus que vous vous attendez à trouver à l’intérieur.
DA : AMUSEMENT est souvent cité comme le Vogue de jeu vidéo. Depuis quand le jeu vidéo peut-il être affilié au luxe ?
AB : C’est souvent une des causes du malentendu entre AMUSEMENT et une partie des gamers qui ne se retrouve pas dans le magazine : AMUSEMENT n’est pas un magazine de luxe sur le jeu vidéo ! Son prix déjà, 5 euros, en fait un magazine bien plus abordable que beaucoup de magazines. Notre ton ensuite n’a rien à voir avec le ton condescendant (au pire) ou neutre (au mieux) de la plupart des magazines de luxe. Nous ne perdons jamais de vue que le jeu est un loisir Pop(ulaire) tout en conservant à l’esprit qu’il mérite d’être étudier sérieusement pour en déceler certains aspects créatifs, culturels, sociologiques.
Peut être que cette comparaison avec Vogue vient du fait que la presse féminine/mode ont une maturité telle qu’elle a su développer une catégorie haut-de-gamme.
DA : Un titre tel qu’AMUSEMENT implique une notion de divertissement. Comment considérez vous le jeu vidéo ? Est-ce une une forme d’art ?
AB : Je pense que le le jeu vidéo est un divertissement en même temps qu’une forme d’art. Mais nous prenons justement à cœur de ne pas établir une distinction trop précieuse entre les deux : nous parlons sérieusement du jeu quand c’est nécessaire, et avec fun de certains sujets sérieux. Je n’aime pas trop que certains tentent de démontrer par tous les moyens que le jeu vidéo est une forme d’art. Je préfère que le magazine « transpire » la création artistique, plus que de tenter de le démontrer à longueur d’article.
DA : Quel est votre rapport personnel au jeu vidéo ?
AB : Peut-être un signe de l’âge qui avance, j’apprécie de plus en plus les petits jeux, notamment sur console portable (Warioware DS, Gran Turismo sur PSP, Patapon…) et les jeux qui permettent des petites parties rapides (Modern Warfare 2, bientot Red Dead Redemption…). Et puis évidemment je suis à l’affut de tout type d’expérience ce qui change les équilibres des jeux passés…
DA : Pour finir, quels sont vos projets pour l’avenir ? Et concernant AMUSEMENT ?
AB : Nous allons ouvrir le premier concept-store dédié au numérique, au cœur de Paris. Cet espace sera lié à l’ouverture de La Gaité , centre de 8 000 m2 d’envergure internationale dédié aux cultures numériques au centre de Paris en décembre 2010 (à Réaumur Sebastopol, soit à 3mn de Chatelet). Notre Concept-store/Galerie de 300 m2 sur 3 étages va proposer une entrée novatrice dans le monde digital : gadgets technologiques introuvables ailleurs, produits intelligents conçus avec des designers-geeks, showroom de prototypes technologiques, services digitaux sur-mesure, galerie d’artistes numériques et vidéoludiques, produits et services ultra-innovants, game center improbable… À l’image d’AMUSEMENT magazine, nous proposerons donc lieu de la création numérique, lifestyle et avant-garde. Le futur lieu tendance de la capitale dédié à la culture numérique. Ceux qui souhaitent plus d’infos peuvent s’abonner a notre newsletter.
AMUSEMENT va également être disponible sur tablettes/smartphones, et s’étendre aux territoires anglophones.
DA : Merci Abdel Bounane de votre temps et vos réponses.
