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« Video games can never be art »

dieuportal

Si l’on voulait débuter une démonstration visant à expliquer que le jeu vidéo est un art, il faudrait tout d’abord se mettre d’accord sur une définition commune et universelle de l’art. Bon courage. Les définitions sont tellement nombreuses qu’il devient impossible de les énumérer, et elles varient selon les cultures et les époques.

Quelle est la spécificité de l’art ? Certes cette question peut soulever bien des réponses, voire bien d’autres questions. Est-ce la transmission d’une émotion ou d’une pensée ? La mise en pratique d’un concept ? Toutefois, il reste un fait que l’on ne pourra pas contester : il existe bien de l’art. Dire si le jeu vidéo (ou toute autre création) est un art se fera en fonction d’une définition donnée, subjective, et prise dans un certain cadre spatio temporel.

Il est alors plus aisé de s’interroger sur le problème suivant : pourquoi le jeu vidéo ne serait-t-il pas un art ? Mais aussi, pourquoi certains critiques mettent tant de verve à tenter de démontrer qu’il n’en est pas un ? En effet, il semble bien que les détracteurs du jeu vidéo mettent plus d’énergie à démontrer qu’il n’est pas un art, que ses partisans à l’affirmer.

Il est vrai qu’être rattaché à un art donne à une création un certain statut. Elle va faire partie d’un cercle très fermé. Bien sûr,  personne n’irait chercher à démontrer que de arts établis comme la sculpture ou la peinture n’en font pas réellement partie. Mais pourquoi refuser le statut d’art au jeu vidéo ? On peut ici avancer de nombreuses raisons.

L’art a-t-il un lien avec la qualité ? Répondre par l’affirmative serait s’engager sur une voie difficile. La qualification d’art est indépendante de la qualité de l’œuvre. Subjectivement, il y aura toutefois du bon et du mauvais art.

« Jeu Vidéo »… Il faut dire que le terme en lui même ne parle pas en faveur du média. « Jeu ». C’est bien souvent un argument majeur pour ses détracteurs. Mais l’art se doit-t-il d’être austère, voire ennuyeux ? Marcel Duchamp serait bien étonné…
Ce terme de « jeu » est en outre limitatif. Par là, on entend aussi interaction, décision, contrôle. Ce qui est retenu comme un argument en sa défaveur est pourtant un des éléments qui caractérise sa spécificité. On ne peut pas être passif. Est-ce là ce qui choque tant ses détracteurs ? L’art est-il forcément quelque chose que l’on subit ?

Bien souvent, les plus grand détracteur du jeu vidéo seront de grands noms de tel ou tel autre art. Ainsi, une grande discussion a lieu en ce moment sur la toile anglophone. Roger Ebert, brillant critique de cinéma pour le Chicago Sun-Times revient en effet à la charge, en affirmant non seulement que le jeu vidéo n’est pas de l’art, mais qu’en outre il ne pourra jamais en être.

Malheureusement, monsieur Ebert n’a sûrement jamais touché un jeu vidéo de sa vie. Une simple lecture de son argumentation démontre qu’il ne comprend pas réellement les mécanismes qu’il évoque.

Un argument qu’il avance parmi d’autre est que la différence majeure entre le jeu vidéo et l’art est que l’on peut gagner (win) à un jeu, et que l’on ne peut que ressentir un art. On se demande alors où l’auteur cherche à en venir. Veut-il dire par la que l’expérience prend fin ? Mais il en va de même pour un film ou un livre. Il s’agit sûrement d’autre chose… Est-ce la notion de compétition ?  Quoi qu’il en soit, la prémisse même est incorrecte. Comme le bien ne peut se comprendre sans le mal, gagner implique que l’on peut alors perdre. Peut-on perdre à Monkey Island ? Peut-on perdre à Heavy Rain ? Certes, l’on peut arriver à un dénouement plus ou moins heureux, mais on ne « gagne » ou ne « perd » pas. En effet, certains jeux se terminent. On pense ici à Flower, Braid, In memoriam

Au sujet de Flower d’ailleurs, Ebert affirme que le seul intérêt de ce jeu est décoratif, « du niveau d’une carte postale ». Et de s’interroger si il y a un système de score, où sur la manière de gagner… Décoratif ? Oui, il serait sûrement barbare de penser que l’art puisse être simplement contemplatif. Cette préoccupation esthétique n’a rien à voir avec l’art, si ?

Peut être monsieur Ebert saurait-il plus aisément nous démontrer en quoi le cinéma, son domaine de prédilection, est un art (ce dont bien sûr personne ici ne doute). Et tout aussi sûrement, la plupart de ses arguments seront valables pour le jeu vidéo.

Pour finir, vous pourrez lire ici la très instructive réponse de Ron Gilbert (Monkey Island 1 et 2) à Roger Ebert.

Mise à jour : Vous pouvez désormais trouver ici la réponse de That Game Company, le studio à l’origine de Flower et Fl0w.

© pour l’image d’en-tête : WiL, de b3ta board

© pour le cartoon : Penny Arcade.

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