3
Voter

Robert Pelloni, créateur de jeu et final boss

bobsgame

Robert Pelloni, alias « bob », est le développeur autodidacte de bob’s game, un RPG situé dans une réalité alternative (très) proche de la notre, où le joueur rencontre bob, alter ego de Robert à l’intérieur même du jeu, développeur génial (qui fait aussi office de boss de fin !) luttant contre la domination de Gantendo, alter ego maléfique de la société Nintendo. Robert  a développé son jeu en solitaire pendant plus de 5 années, soit plus de 15 000 heures de travail. L’année dernière, après avoir révélé au public une vidéo de présentation du moteur de son jeu, il s’est livré à une campagne virale intensive, allant même jusqu’à mettre en scène un faux cambriolage. Nous suivons bob depuis le départ, et il a accepté de nous accorder une interview.

Dixième Art : Bonjour Robert. Tout d’abord, puis-je vous appeler « bob » ?

Robert Pelloni : Bien sûr, la plupart des gens m’appellent bob ! J’utilise les deux noms, et chacun a une signification différente. « bob » désigne plus généralement mon alter-ego et mon identité online, et c’est ainsi que mes amis m’appellent. Dans un cadre plus formel, pour la paperasse ou acheter un ticket de bus, je redeviens « Robert », ou « citoyen #386,xxx,xxx ».

DA : Donc bob, si je récapitule, vous développez un jeu sur « bob », qui est un développeur dans l’univers de bob’s game. Bob’s game est un jeu sur un jeu nommé bob’s game, à l’intérieur duquel on joue a de nombreux autres jeux… Ce n’était pas dur de ne pas devenir légèrement schizophrène pendant le développement ? (rires)

RP : Peut-être un peu ! Mais c’est aussi un des effets recherchés, car l’histoire est vraiment conceptuelle parfois. Les jeux entrent de force dans notre réalité, et vous devenez réellement le personnage principal dans votre tête…

DA : Avec toute votre campagne virale et cette mise en abîme, avez vous parfois pensé que la cloison entre réel et imaginaire était très fine ?

RP : Oui, et je ne pense pas qu’il y ait une si grande différence entre les deux. Je ne peux pas trop parler de cela encore, car je ne veux pas dévoiler plus d’éléments de l’histoire que je ne l’ai déjà fait.

DA : Au delà de l’hommage à l’histoire du jeu vidéo, est-ce que décrire une réalité virtuelle est une manière de pasticher l’industrie vidéoludique, comme différents écrivains nous ont fait réfléchir sur notre propre société à travers les utopies ?

RP : Oui, mais la réalité virtuelle que je décris n’est pas si différente de notre réalité. Utiliser un tel procédé fait que je peux décrire les choses de mon point de vue, celui d’un développeur solitaire, tout en acceptant que les choses se passent d’une certaine manière. Je pense qu’il est nécessaire que l’industrie prenne conscience de ce point de vue (ce qui ne serait pas possible autrement), et peut-être même être à l’origine d’un certain changement !

DA : Comment considérez-vous votre travail ? Est-ce une manière de vivre, un besoin, un moyen d’expression ? Est-ce même un travail à proprement parler ?

RP : Je n’en suis pas certain moi-même ! Je ne peux pas dire comment je me suis retrouvé en train de faire ce que je fais, c’est quelque chose vers lequel j’ai été poussé. La vie est tellement pleine de surprises ! Bien entendu, plus je travaillais sur bob’s game, plus j’apprenais à quel point il est difficile de créer quelque chose, et de surpasser tout les problèmes dont personne ne parle jamais ! C’est alors que j’ai commencé à intégrer cet élément à l’histoire, une sorte de commentaire en temps réel basé sur une réalité alternative reflétant le processus de création d’un jeu vidéo. Ce concept est devenu très important pour moi car j’avais le présentiment que quelqu’un se devait de raconter çà !

DA : Travailler seul sur un projet comme bob’s game pendant tant d’année doit être épuisant… Quelle est votre motivation (mis à part le café) ?

RP : C’est la seule chose que je sais faire, et « ça a un sens » que je le fasse. Pour moi c’est intéressant et gratifiant, mais la plupart des gens ne penseraient surement pas comme ça. Certaines personnes décident juste qu’il doivent ouvrir un garage automobile, ou un magasin de surf pour vivre, etc… Moi cela ne m’intéresse pas, donc de même je ne peux pas comprendre leur point de vue. J’ai juste toujours voulu travailler sur des jeux vidéo, d’aussi loin que je me souvienne. Je crois qu’il est important que quelqu’un démontre qu’il y a une place dans l’industrie pour ceux qui ont le même besoin que moi. Si vous voulez vraiment travailler sur des jeux, vous devriez être en train de le faire !

DA : Depuis que vous avez commencé le développement de bob’s game, vous avez tout fait par vous même, y compris les graphismes (2D) et la musique. Vous considérez vous comme un artiste ?

RP : Oui et non. Je ne suis pas sur de savoir ce que signifie « être un artiste ». Je ne sais pas vraiment dessiner, et je n’ai pas de réelle formation… il en va de même pour la musique. Mais, encore une fois, je ne sais pas ce qui fait d’une personne un artiste. Suis-je un artiste autodidacte professionnel ? Non, mais je crée de l’art !

DA : Que pensez-vous du lien existant entre les sociétés de jeux vidéo et leur fans ?

RP : Je pense que la plupart des sociétés ne s’y attendent pas, ou ne savent pas comment le gérer. L’industrie du jeu vidéo est très récente, et il commence à peine à se détacher une génération capable t’identifier les personnages clés. Les grands auteurs ou encore les directeurs de films ont une réelle reconnaissance. Et, sortis de nulle part, les développeurs deviennent célèbres, principalement grâce à Internet… De nombreuses grosses sociétés n’ont même pas réalisé que tel ou tel programmeur pourrait apporter quelque chose de plus qu’un autre, et tout à coup des gens comme Sid Meier ou American McGee deviennent connus et reconnus pour leur travail. Je ne crois pas que ces sociétés savent réellement comment gérer cela…

DA : Lorsque bob’s game sera disponible, commencerez-vous à travailler sur un nouveau projet, ou travaillerez-vous sur des mises à jour pour en faire une sorte d’histoire sans fin ?

RP : Les deux !

DA : Merci pour votre temps, bob !

_____________________________________________________________

Interview originale en anglais /original english version :

Dixième Art : Hi Robert. First of all, can I call you Bob ?

Robert Pelloni : Sure, most people do call me bob :-) I do go by both names, and both sort of have a different meaning. « bob » more represents my alter-ego and online persona, and that’s what my friends call me. when i’m in an impersonal or formal situation, i.e. filling out paperwork or paying a traffic ticket then I become « Robert » or « citizen #38 6,xxx,xxx ».

DA : So Bob, you are developing a game about Bob, which is a game developer in bob’s game. bob’s game is a game about a game called bob’s game, where you play games… Was it hard not to become a little schizophrenic while working ? (laughs)

RP : Maybe a little! That’s kind of the point of the game though, because the story is just so meta. It’s all about games breaking into reality and becoming the character in your head.

DA : With all the viral campaign and the mise en abîme (story within a story), did you ever felt the edge between reality and imagination was very thin ?

RP : Yes, and i’m not so sure there is much of a difference!  I can’t tell too much about this, because i don’t want to give away more of the story than i already have :-)

DA : Beside the homage to videogame history, is using an alternate reality a way to mock the industry of video games like writers made us think about our very society using utopias ?

RP : Yes, but the alternate reality I have portrayed is also not so different from the actual reality. The purpose of using an artificial reality is so that i can portray things from my perception of things ; from the side of a lone developer, while also accepting that things are done a certain way. I think it’s necessary so that the industry can see this viewpoint they might not otherwise see, and perhaps it can influence some change!

DA : How do you consider you work ? Is it a lifestyle, a need, a way of expression ? Is it even  work ?

RP : I’m not even sure. I can’t say why I ended up doing what i’m doing, it’s just something I was driven towards. Life is such a confusing thing! of course, the longer i worked on « bob’s game, » I started to learn about how difficult it is to get something out there and all the hurdles you have to jump through, and nobody was talking about it. So that’s where i started getting the idea to integrate this into the plot – a realtime commentary based in an alternate reality that reflects the actual process of getting a game out there. This concept became important to me because I felt someone has to tell this story!

DA : Working alone so many years on a project like bob’s game must be exhausting. What is your motivation ? (Besides coffee)

RP : It’s the only thing I know how to do, and it just « makes sense » that I should be doing it. It’s interesting and rewarding to me, but most people probably wouldn’t think so. Some people naturally just decide they are meant to open a car repair shop, some people make surfboards for a living, etc. I’m not interested in those things, so I can’t understand their viewpoint. I just always wanted to work on video games, for as long as I can remember. I think it’s important for someone to demonstrate that there is room in the industry for everyone who feels the same way. If you really want to work on games, you should !

DA : Since you started the development of bob’s game you did everything by yourself, including graphics and music. Do you consider yourself as an artist ?

RP : Yes and no. I’m not sure what being an artist means. I’m not really particularly good at drawing and I have no formal background… same with music, but then again i’m not sure that is what makes an artist. Am I a trained professional artist ? No, but i do create art !

DA : What do you think about the link between videogame companies/creators and their their fans ?

RP : I think that many of the companies aren’t expecting it or know what to do about it. The game industry is so new, really there is only just beginning to be a generation that can identify figures in the industry. It’s the same way as with authors and movie directors, there are big names out there that get a lot of recognition. All of a sudden these software developers are becoming famous, especially thanks to the internet. You have these big companies that never really considered that one programmer might make something different than any other, and then suddenly there are guys like Sid Meier and American McGee who become known by their name for making good games. I don’t think they really know how to deal with that.

DA : When bobsgame is released, will you start working on a new project, or will you release updates for bob’s game to make it a neverending story ?

RP : both! ;}

DA : Thanks you for your time and answers !